Anna Gavalda a publié son recueil de nouvelles Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part avant le roman Je l'aimais, son premier. Petit roman, qui s'attaque, en quelques pages, à l'histoire de la vie : l'histoire de l'amour conjugual, et extra-conjugual. Certains fuient, d'autres restent. Y a-t-il une seule vraie "bonne solution" ou cela dépend-il des cas ?
L'auteur semble penser qu'il vaut plutôt suivre ce que l'on croit être le bonheur, même si cela peut détruire une famille, et se dire que si les parents sont heureux et épanouis, les enfants le vivront mieux. Grandir et être élevé par quelqu'un de frustré, angoissé, cela nuit probablement à l'équilibre de l'enfant. C'est un point de vue psychologique comme un autre, je suppose, qui peut en surprendre certains mais je trouve qu'il se tient.

Je préfère développer le thème et l'histoire, le style en lui-même n'ayant besoin ni de compliment ni de décryptage... C'est toujours l'écriture Gavalda, simple et fluide, d'apparence non travaillé, spontané, et des dialogues qui ressemblent à ceux de la réalité.
C'est l'histoire de Chloé, que son mari Adrien vient de quitter. Ils ont deux petites filles. Sur un coup de tête, elle décide de partir dans leur maison de campagne familiale, accompagnée de son beau-père, Pierre. Un soir, alors qu'ils dînent tous les deux, Chloé le provoque, ne supportant pas qu'il ne dise pas un mot pour condamner l'adultère de son fils et son départ. C'est alors que débute le récit enchassé : Pierre raconte à sa belle-fille son mariage avec Suzanne, son premier amour et la mère d'Adrien, leur vie réglée, l'ennui du quotidien, et l'aventure qu'il a eu avec une certaine Mathilde. Des années de mensonges, de spontanéité traître et dangereuse, qui furent pour lui les plus belles et les plus intenses. Une nuit blanche commence pour les deux personnages, dans laquelle ils nous entraînent aussi, assez naturellement...
Chloé découvre un visage de son beau-père qu'elle ne soupçonnait pas. Sa colère se transforme en respect, en ouverture d'esprit, finalement... Curieuse, elle écoute cette petite leçon qu'il essaye de lui donner. Un autre point de vue à l'attention de l'épouse quittée et blessée. Il est question de courage, d'honnêteté, cette comparaison du père qui est resté auprès de sa femme, contrairement au fils, qui est parti. Leçon, ou bien tentative de consoler Chloé, peu importe. Au moins, c'est une confession sincère, un peu de poésie et une justification de l'adultère... On ne sait pas bien !

Un passage qui m'a plu, qui m'a interpellé. C'est Pierre qui parle.
"J'en vois des gens souffrir un peu, rien qu'un peu, rien qu'à peine mais juste ce qu'il faut pour tout rater, tu sais... Oui, à mon âge, je vois ça beaucoup... Des gens qui sont encore ensemble parce qu'ils se sont arcboutés là-dessus, sur cette petite chose ingrate, leur petite vie sans éclat. Tous ces arrangements, toutes ces contradictions... Et tout ça pour en finir là... [...] Retraités... Retraités de tout. Je les hais. Je les hais, tu m'entends ? Je les hais parce qu'ils me renvoient ma propre image. Ils sont là, vautrés dans leur bonne satisfaction. Le navire a tenu bon, le navire a tenu bon ! semblent-ils nous dire sans jamais s'épauler. Mais à quel prix bon Dieu ? A quel prix ? Il y a des regrets, des remords, des fêlures et des compromissions qui ne cicatrisent pas, qui ne cicatriseront jamais."